L’ORGUEIL ET LA VANITÉ D’AUJOURD’HUI

L’ORGUEIL

La descente spirituelle de Lucifer dans Satan.
Gustave Doré (1886), illustration pour « Le Paradis perdu » de John Milton.

L’histoire de la chute des anges est l’une des visions les plus marquantes de la mystique Anne Catherine Emmerich.
Selon sa vision, ce combat eut lieu avant même la création du monde. À l’origine, il n’y avait que la lumière divine et une multitude d’anges parfaits. Le plus beau d’entre eux était Lucifer, qui, cependant, succomba à l’orgueil et voulut égaler Dieu.
Environ un tiers des anges rejoignirent Lucifer. L’archange Michael s’éleva contre la rébellion en s’écriant : « Qui est comme Dieu ?» Une bataille spirituelle entre la lumière et les ténèbres s’ensuivit. Les anges rebelles perdirent peu à peu leur lumière et leur beauté et se transformèrent en êtres terrifiants.
Emmerich décrit leur chute comme une pluie d’étoiles filantes s’abattant dans les profondeurs, où fut créé un lieu sans lumière divine : l’enfer. Certains anges moins coupables, selon sa vision, n’atteignirent pas les profondeurs de la damnation, mais furent placés dans des sphères inférieures.
Lucifer devint ainsi Satan et, depuis lors, il utilise son intelligence et son pouvoir pour combattre l’œuvre de Dieu, notamment pour séduire les hommes. Cette vision souligne que le mal ne provient pas de Dieu, mais de l’orgueil et du libre arbitre des êtres créés.
( Ces descriptions sont tirées de l’ouvrage de Clemens Brentano, qui a consigné les visions d’Anna Catherine Emmerich dans un livre consacré à sa vie et à ses visions.)

Le premier des 7 péchés capitaux derrière lequel est donc Lucifer lui-même qui, avant d’être le premier des anges déchus, a d’abord été un brillant et puissant archange. Il représente la lumière et la connaissance. Cependant, obsédé par l’orgueil, il a défié Dieu, convaincu d’autres anges de le suivre et formé une rébellion.

C’est quoi l’orgueil
Amour excessif de soi ou désir d’être meilleur ou plus important que les autres. « Le respect de la personne humaine passe par le respect du principe selon lequel chacun doit considérer son prochain (sans exception) comme un autre lui-même, en ayant avant tout à l’esprit sa vie et les moyens nécessaires pour la vivre dignement. » (n° 1931). 
« Le Seigneur nous fait progressivement connaître qui nous sommes. Honnêtement, il me semble incompréhensible qu’une personne dotée de raison et de conscience puisse s’élever. » Padre Pio

Le culte de soi : Quand l’expression devient rébellion contre Dieu
Dans le monde d’aujourd’hui, l’expression de soi est souvent exaltée comme le bien suprême, un droit sacré qui prime sur tout le reste. La société prêche qu’être fidèle à soi-même est la vertu suprême, même si cela implique de rejeter les commandements de Dieu.
Mais quand l’expression de soi franchit-elle la ligne de l’authenticité pour devenir péché et adoration de soi ?
L’enseignement catholique offre des lignes directrices claires pour distinguer l’expression de soi sacrée de l’auto exaltation orgueilleuse, garantissant que la liberté personnelle ne se transforme pas en rébellion contre la volonté de Dieu.
« L’homme juste qui se regarde dans le miroir et se réjouit de sa propre ombre oublie que la lumière ne vient pas de lui, mais du Christ, qui a pitié de lui. Souvenez-vous : tout le bien qui est en vous vient de Dieu, et tout le mal est vôtre. Ne laissez pas vos œuvres, si saintes qu’elles puissent paraître, devenir la prison de votre âme. Restez humbles, très humbles, car c’est aux petits que Dieu révèle ses secrets. » Saint Padre Pio

L’adoration de soi : le premier et le plus ancien péché
Le premier péché de l’histoire n’était pas le meurtre ou la luxure, mais l’auto exaltation. « La véritable humilité du cœur est celle que nous ressentons et vivons, et non celle que nous affichons pour susciter l’admiration. Nous devons toujours nous humilier devant Dieu, mais sans cette fausse humilité qui mène au dégoût, au découragement et au désespoir. Nous devons avoir une piètre opinion de nous-mêmes, nous croyant inférieurs aux autres. Ne pas privilégier notre propre intérêt à celui des autres.» Padre Pio
La chute de Satan fut causée par l’orgueil : « Je monterai au-dessus des nuées, je me rendrai semblable au Très-Haut. » (Isaïe 14:14)
Le péché d’Adam et Ève trouvait ses racines dans une expression personnelle, détachée de Dieu : « Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. » (Genèse 3:5) Lorsque l’expression personnelle est séparée de la vérité divine, elle cesse d’être une liberté et devient une descente dans le culte de soi.
« L’amour-propre, fruit de l’orgueil, est plus méchant que sa mère elle-même. » Padre Pio
Référence au Catéchisme : CEC 1850: « Le péché est une offense à Dieu : il s’élève contre Dieu dans une désobéissance contraire à l’obéissance du Christ.»

Le mensonge de « ma vérité » contre la vérité de Dieu – la vérité n’est pas subjective
La culture moderne enseigne que la vérité est personnelle : « Vivez votre vérité.» Mais le Christ déclare : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jean 14:6)
« Sanctifie-les par la vérité ; ta parole est la vérité. » (Jean 17:17)
Il n’existe pas de « ma vérité », mais LA vérité, et cette vérité est la parole de Dieu. Toute expression personnelle qui contredit la vérité divine est une rébellion contre Lui.
Référence au Catéchisme : CCC 2467: « L’homme est naturellement porté vers la vérité. Il est tenu de l’honorer et d’en témoigner.»

Relativisme : la porte ouverte au chaos moral
Le pape Benoît XVI a mis en garde contre la « dictature du relativisme », où l’on rejette la vérité objective au profit d’une morale auto-créée.
« Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal. » (Isaïe 5:20)
« Chacun faisait ce qui lui semblait bon. » (Juges 21:25) et le désastre s’ensuivit.
Lorsque l’expression personnelle est placée au-dessus de la loi divine, elle mène à l’anarchie morale, à la perversion et à la destruction.

Fausse liberté : quand l’expression personnelle devient esclavage – la véritable liberté réside dans l’obéissance à Dieu
Le monde enseigne que la liberté signifie faire ce qui lui semble juste. Mais le Christ nous avertit : « Quiconque pèche est esclave du péché. » (Jean 8:34)
« Si vous m’aimez, gardez mes commandements. » (Jean 14:15)
La ​​véritable liberté ne consiste pas à s’exprimer sans limites, mais à vivre dans l’ordre moral établi par Dieu.
Référence au Catéchisme (CEC 1733): « Plus on fait le bien, plus on devient libre. »
Beaucoup de ce que le monde appelle expression de soi sont en réalité des chaînes d’asservissement :
Immoralité sexuelle (1 Corinthiens 6:18)
Blasphème et irrévérence (Exode 20:7)
Rébellion contre l’autorité (Romains 13:2)
Vanité et narcissisme (Proverbes 16:18)
La société pousse les gens à « s’exprimer » par la débauche, l’orgueil et le péché, les conduisant à la destruction alors qu’ils se croient libres.
« L’orgueil des hommes est grand : tant qu’ils ont des moyens et la santé, ils pensent être au-dessus de Dieu. Mais dans le malheur, ils se souviennent que Dieu existePadre Pio

LA VANITÉ

« Un esprit véritablement grand s’intéresse aux choses futiles, comme les positions, les honneurs ou les événements extérieurs. Il vise des buts plus élevés et laisse ces futilités aux faibles et aux vaniteux. » Saint François de Sales

Dans la tradition catholique, s’aimer soi-même ne signifie pas se complaire dans la vanité, le matérialisme ou la perfection physique. Il s’agit de sanctifier l’âme. Comme l’a dit le Christ : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5:48). Cette perfection ne se manifeste pas par la beauté physique ou la célébrité, mais par la vie intérieure : une âme prête à rencontrer Dieu.

La vanité : le piège du diable
Satan est laid, non pas à cause de son apparence, mais à cause de son absence d’amour. Autrefois ange de lumière, il a déchu à cause de l’orgueil et de l’adoration de soi. Aujourd’hui, il incite les autres à être obsédés par l’image, le statut et la sensualité.
Le diable ne peut pas créer la beauté, mais il la manipule pour asservir les âmes. Il convainc les gens que leur valeur réside dans leur visage, leur silhouette ou leurs disciples, et non dans leur état de grâce. Il pousse les gens à « s’aimer soi-même » en se concentrant uniquement sur l’extérieur, ignorant la prière, les sacrements et l’humilité.
Comme l’a dit saint Jean-Marie Vianney : « L’orgueilleux est comme un ballon gonflé d’air chaud : la plus petite piqûre le fait retomber.» La vanité gonfle l’ego tout en affamant l’âme.

Culture du selfie et chirurgie esthétique : le miroir de la vanité du diable
L’obsession des selfies et de la chirurgie esthétique pour la beauté trouve ses racines dans la vanité, l’un des sept péchés capitaux. La vanité est une préoccupation excessive pour son apparence, sa réputation ou son image sociale – un désir d’être admiré plutôt que d’être saint.
La culture du selfie encourage une recherche constante d’approbation, de « j’aime » et de validation. Ce n’est pas une simple habitude ; cela devient une forme d’idolâtrie de soi. Comme l’a averti le pape Jean-Paul II : « Le problème de l’homme moderne n’est pas qu’il s’aime trop, mais qu’il s’aime mal.»
La chirurgie esthétique, lorsqu’elle est pratiquée par mécontentement, insécurité ou pour se conformer aux normes du monde, éloigne encore davantage l’âme de Dieu. Le Catéchisme de l’Église catholique nous le rappelle :
« La pudeur protège l’intimité de la personne. Elle signifie refuser de dévoiler ce qui doit rester caché. » (CEC 2521). En modifiant son corps donné par Dieu, surtout pour des raisons vaines, on participe au rejet du dessein du Créateur. Le corps devient une idole plutôt qu’un temple. Comme l’enseigne saint Paul: « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit… Honorez donc Dieu dans votre corps » (1 Corinthiens 6:19-20).
Dieu a conçu le corps humain dans un but précis. Ce n’est pas un lieu propice à l’autosatisfaction, mais un temple dédié à Son Esprit.
« Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. » (Psaume 139:14)
L’expression de soi qui mutile, dégrade ou sexualise le corps pour un plaisir égoïste est une souillure du chef-d’œuvre de Dieu.
Référence au Catéchisme (CCC 2289): « Si la morale exige le respect du corps, elle n’en fait pas un absolu.»
L’obsession moderne pour les modifications corporelles radicales, les distorsions de l’identité sexuelle et l’expression excessive de soi rejette l’autorité de Dieu sur sa création.
L’être modelé dira-t-il à celui qui l’a formé : « Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? » (Romains 9:20)
Satan incite les gens à rejeter la manière dont Dieu les a créés, comme il l’a fait en Éden. Lorsque l’expression de soi efface le dessein de Dieu, il ne s’agit plus d’expression, mais d’une déclaration de guerre contre le Créateur. Plus les apparences sont grandes, plus la pauvreté intérieure est profonde.

Les saints et la vraie beauté
Les saints, dont beaucoup étaient défigurés, pauvres ou ignorés du monde, rayonnaient de vraie beauté – la beauté de la sainteté.
Sainte Thérèse d’Avila: « Notre corps a ce défaut : plus on s’y consacre, plus ses exigences augmentent. » 
Sainte Thérèse de Lisieux : « Ne nous laissons jamais détourner du visage du Christ par notre propre reflet. »
Sainte Claire d’Assise refusait tout maquillage et toute richesse, affirmant : « Je suis l’épouse du Roi des rois. Je n’ai besoin ni de fard ni d’or. »
Saint Bernard: « L’humilité est toujours la compagne intime de la grâce divine, car « Dieu résiste aux orgueilleux et fait grâce aux humbles.» 
Même Notre-Dame, la plus belle femme créée, nous a montré que la vraie beauté réside dans l’humilité et la grâce : « Mon âme exalte le Seigneur… car il a jeté les yeux sur sa humble servante » (Luc 1:46-48).

Préparez votre âme, pas votre selfie
Chaque jour, préparez-vous à rencontrer Dieu, non pas en perfectionnant votre image, mais en purifiant votre âme. Réjouissez-vous de votre beauté naturelle, mais concentrez-vous davantage sur la beauté de votre cœur. Réjouissez-vous de votre corps, mais faites-en un sacrifice vivant par des actes d’amour, de miséricorde et de pureté.
Comme il est écrit :
« La grâce est trompeuse, et la beauté est passagère ; mais la femme qui craint le Seigneur est digne de louanges. » (Proverbes 31:30).
« Que votre parure soit… la personne cachée du cœur, avec la beauté impérissable d’un esprit doux et paisible. » (1 Pierre 3:3-4).
Priez le Rosaire, assistez à la Sainte Messe, servez les autres : ce sont les plus beaux filtres qui soient.
Plus vous mourrez à la vanité, plus vous vous élèverez en vertu. Et plus vous regarderez vers le Ciel, moins vous aurez besoin de vous regarder dans le miroir.
Le véritable amour de soi consiste à prendre soin de son âme : prière quotidienne, confession régulière, réception fréquente de la Sainte Eucharistie, actes de charité et une vie détachée des applaudissements du monde. Comme l’a magnifiquement écrit saint Augustin : « Nos cœurs sont sans repos jusqu’à ce qu’ils reposent en toi, Seigneur.» En fixant notre attention sur le miroir, l’écran ou la table du chirurgien, nous risquons de nous détourner de Dieu, le véritable miroir de notre être.

LA LIBERTÉ D’EXPRESSION – Le blasphème, les jurons, la vulgarité déguisés en expression de soi
Les réseaux sociaux qui promettent de « vous donner une voix » attisent souvent le narcissisme et l’orgueil.
Vanité déguisée en confiance.
Convoitise déguisée en positivité corporelle.
Orgueil déguisé en authenticité.
« Ils aiment la gloire des hommes plutôt que celle de Dieu. » (Jean 12:43)

Blasphémer, maudire et jurer revient à adorer Satan, que ce soit par expression, par plaisanterie ou par colère. La réalité est telle que lorsque vous jurez et maudissez, Satan apparaît avec d’autres démons. Chaque malédiction est une invitation à l’enfer. 
L’Écriture Sainte révèle l’immense pouvoir des mots, les paroles pécheresses de l’homme – malédictions, jurons, blasphèmes – ouvrent les portes du foyer et du cœur à la mort, à la destruction et aux démons.
Dieu a donné aux humains le pouvoir de la parole pour Le glorifier, mais la culture actuelle utilise la parole pour se moquer, corrompre et se rebeller.
« La langue est un feu, un monde d’iniquité. » (Jacques 3:6)
« Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole corrompue. » (Éphésiens 4:29)
Le blasphème, la vulgarité et l’irrévérence ne sont pas une expression de soi, ils sont une auto-condamnation.
Référence au Catéchisme : CCC 2148: « Le blasphème consiste à proférer contre Dieu des paroles de haine, d’opprobre ou de défi. »
Savoir plus sur Le pouvoir de la parole ici

Lorsque l’expression de soi se transforme en adoration de soi, elle mène l’âme en enfer – le chemin vers la véritable expression : Devenir un reflet du Christ

  • Jésus-Christ : Le modèle parfait de l’expression de soi.
    Jésus ne s’est jamais exprimé au détriment de la vérité et de la sainteté. Son expression personnelle a toujours été ancrée dans :
    L’humilité (Philippiens 2:5-8)
    L’obéissance au Père (Jean 5:19)
    L’amour des autres (Marc 10:45)
    La véritable expression de soi ne signifie pas « être soi-même » au mépris de Dieu, mais devenir celui que Dieu a créé : saint, pur et semblable au Christ.

  • L’appel à mourir à soi-même
    Le Christ nous appelle non pas à nous exalter, mais à nous crucifier :
    « Celui qui perd sa vie à cause de moi la retrouvera. » (Matthieu 10:39)
    « J’ai été crucifié avec Christ ; et ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » (Galates 2:20)
    Pour nous exprimer véritablement, nous devons d’abord mourir au péché et permettre au Christ de briller à travers nous.

Le Soi ou le Sauveur
Chacun doit choisir : adorer son propre moi ou adorer Dieu. L’expression de soi sans Dieu mène à la destruction. L’expression de soi en Dieu mène à la sainteté et à la vie éternelle. Le monde dit : « Exprimez-vous.» Le Christ dit : « Renoncez à vous-même, chargez-vous de votre croix et suivez-moi.» (Matthieu 16:24)

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