PRIER MAL OU PAS DU TOUT ?
« Priez, même si vous ne ressentez rien, ne voyez rien. Car lorsque vous êtes sec, vide, malade ou faible, votre prière est alors très agréable à Dieu, même si vous n’y trouvez que peu de joie. Ceci est vrai de toute prière sincère. » Saint Julien de Norwich
Avant de pouvoir répondre à cette question, il y a quelques idées que nous devons explorer:
- Tout d’abord, qu’est-ce que la prière ?
- Deuxièmement, que définissons-nous comme « prier mal » ?
- Et troisièmement, comment Dieu considère-t-il notre prière ?
Qu’est-ce que la prière ?
Selon le Catéchisme de l’Église catholique, la prière est « une relation vitale et personnelle avec le Dieu vivant… la relation vivante des enfants de Dieu avec leur Père » (CEC 2558, 2565). Ce n’est pas tant une activité qu’une disposition. La prière est une relation.
Le Catéchisme affirme également que selon l’Écriture, « c’est le cœur qui prie. Si notre cœur est loin de Dieu, les paroles de la prière sont vaines » (2562). Le désir de prier (ou de mieux prier) est une prière en soi !
« Pour moi, la prière est un élan du cœur ; c’est un simple regard tourné vers le ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour, embrassant à la fois l’épreuve et la joie. » Sainte Thérèse de Lisieux
Qu’est-ce que nous considérons comme « mal prier » ?
La réponse à cette question variera grandement, mais parmi notre race déchue, il existe certaines perceptions communes de la mauvaise prière, notamment prier quand on est fatigué, échouer à nos résolutions, être submergé par les distractions, être interrompu par la vie de famille, faire juste le geste, et même avoir un sentiment général de distance ou d’obscurité lorsque nous nous mettons à parler à Dieu.
Le diable sait à quel point notre relation avec Dieu est efficace, il essaiera donc de l’entraver par tous les moyens possibles, en manipulant nos sentiments et nos pensées et même en nous tentant de croire qu’il serait préférable de reporter notre prière ou de l’abandonner complètement. Un jour, nous pouvons nous sentir au sommet du monde avec notre routine de prière et nos consolations, et le lendemain, nous pouvons ressentir une sécheresse et même une répugnance.
Bien sûr, Dieu est infiniment plus puissant que le diable et seul permet ces épreuves pour notre bien – comme un exercice pour nos âmes. Alors, prenez courage ! Quand nous avons l’impression de mal prier, nous sommes en plein milieu d’une séance d’entraînement – ne baissez pas les bras.
Si vous avez perdu le goût de la prière, vous retrouverez le désir de la prier en revenant humblement à sa pratique.
« Mon fils, n’aie pas peur si ta prière est pauvre ou silencieuse. Le Seigneur entend même le murmure d’un cœur las. Ce n’est pas l’éloquence qui attire son regard, mais l’humilité. Demeures-en sa présence comme un courtisan fidèle, respectueux et confiant. Le silence offert avec amour se change en chant, et il prend la main de l’âme qui se soumet à lui et la réconforte en son temps. » Padre Pio
Comment Dieu considère-t-il notre prière ?
En essayant de déterminer comment Dieu considère notre prière, rappelons-nous, premièrement, que la prière est une relation avec Lui, et, deuxièmement, qu’Il est Notre Père. « Dieu ne se lasse jamais d’écouter ta voix. » Padre Pio
Même dans nos relations humaines déchues, il est difficile d’imaginer un père qui ne serait pas heureux de voir son enfant, d’entendre la voix de son enfant au téléphone ou de recevoir une lettre de son enfant, quel que soit son âge. Même si la conversation est égocentrique ou que la visite est courte ou que la lettre est pleine d’erreurs grammaticales, le père voit au-delà du désordre l’amour que l’enfant montre.
Nous pouvons en déduire que Dieu le Père voit chaque tentative de prière, qu’elle soit pleine de consolation ou de désolation, comme des actes d’amour de Ses enfants. Mais comme Il nous aime parfaitement, cet amour inclut un désir, une attente même, d’une relation toujours plus profonde et plus parfaite. Comme Aslan dans La dernière bataille de C.S. Lewis, Il nous invite à « monter plus haut ! Viens plus loin ! », sachant que c’est là que nous trouverons notre véritable bonheur et notre épanouissement.
Dieu nous attend, comme le père de la parabole, les bras ouverts, même si nous ne le méritons pas. Peu importe l’ampleur de notre dette. Tout comme le fils prodigue, tout ce que nous avons à faire est d’ouvrir notre cœur, d’avoir le mal du pays de la maison de notre Père, de nous émerveiller et de nous réjouir du don que Dieu nous fait de pouvoir nous appeler ses enfants, d’être vraiment ses enfants, même si notre réponse à Lui a été si pauvre. » Saint Josémaria
Revenons à la question. Sachant que la prière est une relation, enracinée dans le cœur, que notre vision de « mal prier » est souvent façonnée par notre propre faiblesse et influencée par le diable, et que Dieu considère notre prière comme un père aimant, acceptant toutes les tentatives tout en nous appelant à un amour plus élevé, nous sommes prêts à dire avec confiance qu’il est sans aucun doute préférable de « mal prier » que de ne pas prier du tout.
Si nous nous demandons s’il ne serait pas préférable de remettre à plus tard ou d’abandonner, posons-nous ces questions :
- Croyons-nous que la prière est une relation ?
- S’agit-il d’une tentation (c’est-à-dire d’une opportunité de grandir dans la persévérance !) ?
- Dieu, notre Père, aurait-il le même point de vue ?
Alors faites le signe de la croix et continuez, peu importe à quel point vous vous sentez fatigué, distrait ou distant, sachant que c’est le véritable amour et résolu à toujours vous efforcer de « mieux prier ».
Prier, c’est parler avec Dieu.
Mais de quoi ? De quoi ? De Lui, de toi-même : joies, peines, succès et échecs, nobles ambitions, soucis quotidiens, faiblesses ! Et des actions de grâces et des supplications : et de l’Amour et de la réparation.
En un mot : le connaître et se connaître soi-même : « faire connaissance ! » Saint Josémaria
La Prière Vs La Fatigue
La prière est un acte ardu, et il faut beaucoup d’amour et de discipline pour la poursuivre. Lorsque vous n’avez pas envie de prier mais que vous choisissez quand même de prier, c’est la prière la plus efficace pour surmonter votre faiblesse. Comme l’a dit le père Chad Ripperger : « La faiblesse est l’effet du péché originel ; pour la combattre, nous devons donc avoir la force de persévérer dans la prière.» Par la grâce de Dieu et avec l’aide de Notre-Dame, vous pourrez la soutenir.
Un prêtre se confessa un jour à Padre Pio et avoua : « Père, pendant mon chapelet, j’étais si fatigué et somnolent que je n’ai pas pu le terminer.» Au lieu de le réprimander, Padre Pio lui dit : « C’était une prière efficace, car, malgré votre refus de prier, vous avez persisté.» À partir de ce moment, le prêtre intensifia sa dévotion, récitant davantage de chapelets chaque jour, malgré son emploi du temps chargé et son épuisement.
De même, saint François de Sales avait pour règle de réciter son chapelet, même après une longue et fatigante journée de travail. Il craignait les conséquences d’une négligence dans la prière et était déterminé à ne jamais laisser l’épuisement servir d’excuse.
Comment prier même fatigué et sans envie
Priez constamment, pas seulement lorsque vous avez des problèmes. Vous avez toujours besoin de communiquer avec Dieu. Cependant, votre capacité de concentration peut être entravée par le stress et la fatigue. Alors, profitez pleinement de cette merveilleuse source de force qu’est le Saint-Esprit. Demandez-lui de diriger votre esprit. Vos prières n’ont pas besoin d’être belles ou justes. Laissez-les venir de votre situation actuelle.
Quel que soit notre niveau d’épuisement ou de démotivation, la prière doit rester une priorité. Les saints nous enseignent que la prière offerte dans les difficultés est la plus méritoire. Voici trois façons de rester fidèle à la prière, même lorsque vous êtes fatigué ou en difficulté :
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Priez des prières courtes et simples avec sincérité. Lorsque vous êtes trop épuisé pour de longues prières, murmurez un sincère « Jésus, j’ai confiance en toi » ou récitez une courte aspiration comme « Marie, aide-moi ». Sainte Thérèse de Lisieux adressait souvent des paroles simples et pleines d’amour à Dieu lorsqu’elle était trop fatiguée pour de longues prières.
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Offrez votre fatigue en prière. La prière ne se résume pas à des mots, mais aussi à l’offrande de nos difficultés à Dieu. Si vous êtes fatigué, dites à Dieu : « Seigneur, j’offre cette fatigue pour ta gloire. Donne-moi la force de t’aimer même dans ma faiblesse.» Padre Pio nous a rappelé que la souffrance unie au Christ est une prière puissante.
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Priez par vos actes. Si vous avez du mal à dire des prières formelles, transformez vos actions quotidiennes en prière : Offrez votre travail, votre souffrance ou votre service en sacrifice à Dieu. Saint François de Sales a dit : « Chaque action, aussi petite soit-elle, faite pour Dieu est une prière.»
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Priez une dizaine de chapelet en conduisant ou en vous reposant. Priez en conduisant, en cuisinant, en prenant une douche, en faisant la queue, etc. Sainte Thérèse d’Avila priait même aux toilettes.
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Écoutez un chapelet audio ou un chant pour garder votre cœur élevé vers Dieu.
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Fixez votre heure de prière tôt le matin, lorsque vous n’êtes pas fatigué, ni occupé et que vous pouvez vous concentrer. Cela vous permet d’offrir à Dieu les premiers et meilleurs moments de votre journée, plutôt que de caser la prière dans un emploi du temps surchargé. Comme le dit le Psaume 5:3 : « Seigneur, dès le matin tu entends ma voix ; dès le matin je te prépare un sacrifice et je veille.» Commencer la journée par la prière donne le ton pour le reste, fortifie votre esprit et aligne votre cœur sur la volonté de Dieu.
Prière d’un pécheur
« Le maître angélique, saint Thomas d’Aquin, affirme que même le pécheur est exaucé lorsqu’il prie. Bien que sa prière ne soit pas méritoire, elle n’en possède pas moins une puissance efficace, car son pouvoir d’obtenir grâce ne repose pas sur la justice, mais sur la bonté de Dieu. Saint Jean Chrysostome dit qu’il n’est point de grâce qui ne puisse être obtenue par la prière, même offerte par le pire des pécheurs qui prie avec persévérance. Car Jésus lui-même dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés. » Les personnes chargées, selon saint Jérôme et saint Augustin, ne sont pas celles qui sont simplement fatiguées, mais les pécheurs qui gémissent sous le poids de leurs péchés.» Saint Alphonse-Marie de Liguori
Réflexion : La puissance de la prière persistante
Quel que soit notre niveau d’activité, d’épuisement ou de découragement, nous devons maintenir notre vie de prière. C’est dans ces moments difficiles que nos prières deviennent les plus puissantes. Lorsque la prière devient une habitude, les miracles et les grâces deviennent un style de vie. Les saints nous enseignent que la persévérance dans la prière, même lorsqu’elle semble difficile ou aride, conduit à la sanctification, à la protection et à la force divine.
Ne laissez jamais la fatigue, les distractions ou l’agitation vous voler votre temps avec Dieu. Comme le disait saint Padre Pio : « Priez, espérez et ne vous inquiétez pas. » La prière n’est pas seulement un acte : c’est une bouée de sauvetage vers la grâce, un bouclier contre le péché et un chemin vers le ciel. Persévérez, et le Ciel récompensera votre fidélité.
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